Les anti-VEGF dans le traitement des maladies rétiniennes : mise en lumière des résultats à long terme

obtenus dans le monde réel

Un rapport de la réunion annuelle 2017 de l’Association for Research in Vision and Ophthalmology
Baltimore (Maryland)   7 au 11 mai 2017
Par PETER J. KERTES, M.D., CM, FRCSC

Considérés depuis longtemps comme une évolution majeure dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), les inhibiteurs du facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (anti-VEGF) continuent de donner de nombreuses preuves tangibles de leurs bénéfices pour les patients atteints de DMLA et pour l’œdème maculaire dû à plusieurs affections. Ce numéro d’Ophtalmologie – Actualités scientifiques met en lumière plusieurs affiches et présentations orales issues de la réunion annuelle 2017 de l’Association for Research in Vision and Ophthalmology qui non seulement analysent ces données du monde réel, mais donnent également de nouvelles informations sur les effets à long terme des anti-VEGF, des schémas posologiques et d’autres questions relatives à la DMLA humide.

 

Expérience dans le monde réel : Comparaisons des résultats

Kertes et ses collaborateurs ont présenté les résultats provisoires de l’étude CAN-TREAT (Canadian Treat and Extend Analysis Trial with Ranibizumab), une étude multicentrique ouverte prospective randomisée de 24 mois comparant l’efficacité du ranibizumab 0,5 mg administré selon un schéma « treat and extend » (TAE), c’est-à-dire l’allongement progressif de l’intervalle posologique, à une posologie mensuelle chez des patients naïfs de traitement atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) néovasculaire[1]. Parmi les 580 patients recrutés, des données portant sur 12 et 24 mois étaient disponibles pour 488 patients (groupe TAE = 251) et pour 293 patients (groupe TAE = 148), respectivement, en date du 2 mai 2017. Dans l’ensemble, les gains d’acuité visuelle (AV) étaient similaires : + 8,3 et + 6,1 lettres au 12e mois dans les groupes recevant les schémas TAE et mensuel, respectivement, et + 6,6 lettres et + 6,4 lettres au 24e mois, respectivement, ce qui était équivalent à une marge de non-infériorité de -5 lettres de meilleure acuité visuelle corrigée (MAVC). La Figure 1 montre la modification moyenne de la MAVC aux 12e et 24e mois. Le groupe de traitement TAE a reçu en moyenne 18,3 injections comparativement à 23,5 injections dans le groupe de traitement mensuel pendant un suivi de 24 mois. Ainsi, les investigateurs ont constaté que le schéma TAE était associé à une amélioration cliniquement significative de la MAVC, malgré un moins grand nombre d’injections de ranibizumab et de visites chez les médecins comparativement au schéma posologique mensuel.

Figure 1 : CAN-TREAT : Amélioration de la meilleure acuité visuelle corrigée (MAVC) moyenne à 12 et 24 mois pour les schémas posologiques « treat-and-extend » (TAE) et mensuel du ranibizumab[1]

ETDRS = Early Treatment Diabetic Retinopathy Study 

Une comparaison des résultats relatifs à l’AV au 12e mois entre le ranibizumab et l’aflibercept a été effectuée en utilisant des données observationnelles portant sur 394 yeux atteints de DMLA néovasculaire dans le registre Fight Retinal Blindness[2]. Les yeux traités avec le ranibizumab ont gagné 3,7 lettres, alors que les yeux traités avec l’aflibercept ont gagné 4,3 lettres de la période initiale au 12e mois. Ni la différence dans la variation de l’AV brute ni dans l’AV moyenne corrigée n’étaient statistiquement significatives. De même, il n’y avait aucune différence dans le nombre moyen d’injections ou de visites ou dans la proportion corrigée d’yeux présentant une néovascularisation choroïdienne (NVC) inactive. Malgré ces similitudes, un nombre significativement plus élevé de patients ont été permutés du ranibizumab à l’aflibercept (13,7 %) comparativement à l’inverse (3,0 %; p < 0,001). Dans les deux groupes, le taux de patients ayant terminé le traitement au 12e mois était d’environ 77 %.

 

Les résultats de l’étude ASSESS à 36 mois ont été présentés. Dans cette étude, les patients traités antérieurement par le bévacizumab et/ou le ranibizumab ont reçu de l’aflibercept à dose fixe[3]. Les données portant jusqu’à 24 mois ont été publiées antérieurement[4,5]. Le changement de l’intervalle des doses fixes a entraîné un bénéfice tant sur le plan anatomique (épaisseur du sous-champ central [ESC]) que visuel (lettres d’acuité visuelle ETDRS – Early Treatment Diabetic Retinopathy Study) à 24 mois. Cependant, les investigateurs ont rapporté une réduction non significative du nombre de lettres d’acuité visuelle ETDRS (5 lettres; p = 0,18) et une augmentation non significative de l’ESC (+11,95; p = 0,18) entre les mois 24 et 36. Aucun facteur prédictif de variation de la MAVC et de l’ESC n’a été identifié et aucun événement indésirable grave n’a été rapporté au cours de la troisième année de l’étude. Des données du monde réel additionnelles sur l’aflibercept issues des études PERSEUS et RAINBOW ont été fournies[6,7]. L’objectif de l’étude PERSEUS, menée dans 66 cliniques allemandes (N = 942), était d’évaluer l’effet de l’aflibercept et des schémas thérapeutiques dans 2 sous-groupes de patients atteints de DMLA humide : patients naïfs de traitement et ceux ayant reçu un prétraitement quel qu’il soit[6]. Selon les résultats provisoires à 12 mois, l’AV moyenne dans le groupe naïf de traitement s’est améliorée de 5,3 ± 17,4 lettres, mais les patients ayant reçu un traitement préalable ont connu une légère baisse (-0,1 ± 15,6 lettres). Les investigateurs ont établi que la régularité du traitement avait un effet significatif sur l’AV. Les patients naïfs de traitement et les patients ayant reçu un traitement préalable ont bénéficié d’une augmentation de l’AV de 30,9 % et de 10,9 %, respectivement, lorsque le traitement était administré régulièrement, alors que la modification de l’AV était de 18,7 % et -2,3 %, respectivement, avec un traitement administré irrégulièrement. Selon une comparaison effectuée par Framme et ses collaborateurs des études PERSEUS et RAINBOW, dans lesquelles les patients avaient des caractéristiques quasi-identiques, 27,7 % et 25,2 % des patients ayant participé à ces études, incluant 32,0 % et 28,9 % respectivement de patients recevant la posologie habituelle, ont obtenu une augmentation globale de plus de 15 lettres avec le traitement par l’aflibercept[7].

 

Le registre français ELOUAN 2 a fourni des renseignements issus de la vie réelle chez une population de sujets âgés (N = 109; âge moyen 78,4 ans) traités par le ranibizumab au besoin (PRN) pendant 5 ans.[8] Les investigateurs ont constaté que la vision de ces patients s’était améliorée initialement de 4,2 ± 15,2 lettres (p = 0,03), mais avait par la suite baissé jusqu’à la fin du suivi de 60 mois, date à laquelle la variation moyenne de l’AV était de -25,7 lettres[8]. Le nombre moyen de visites de contrôle et d’injections a également continué de diminuer jusqu’au 48e mois. Cependant, le United Kingdom (UK) Aflibercept Users Group suggère que même les patients très âgés (> 90 ans) peuvent bénéficier du traitement par un inhibiteur du facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (anti-VEGF)9. Dans leur étude, l’amélioration moyenne de la vision de la période initiale à 52 semaines était de +4,5 lettres dans le groupe A (≥ 90 ans; n = 8588) et de + 4,1 lettres dans le groupe B (≥ 91 ans; n = 739). Le pourcentage d’yeux gagnant > 15 lettres était similaire : 19,2 % dans le groupe A et 17,6 % dans le groupe B durant l’année 1, augmentant à 20,5 % et 23,1 % durant l’année 2, respectivement. La proportion d’yeux perdant ≥ 15 lettres de la période initiale à l’année 1 et l’année 2 était de 7,7 % et 13,0 %, respectivement, pour le groupe A et de 6,1 % et 14 %, respectivement, pour le groupe B.

 

OCEAN, une autre étude observationnelle allemande réalisée dans le monde réel, a évalué l’impact et l’utilisation de la tomographie par cohérence optique (TCO) pour orienter la reprise du traitement dans la DMLA humide parmi 3631 patients atteints de DMLA humide recevant du ranibizumab 0,5 mg[10]. Le nombre moyen d’injections à 12 mois était de 4,5 et 3,8 clichés de TCO ont été réalisés. À 24 mois, 5,7 injections avaient été administrées et 5,9 examens TCO avaient été réalisés. La MAVC moyenne et la variation de la MAVC au 12e mois ­s’étaient maintenues pendant 24 mois. Les investigateurs ont constaté une tendance à une plus grande amélioration de l’AV et à une fréquence accrue d’examens de TCO.

 

Résultats à long terme de l’utilisation des anti-VEGF
utilisés pour la DMLA néovasculaire

Deux études regroupant des patients de l’étude CATT (Comparison of Age-related Macular Degeneration Treatments Trial) ont évalué l’impact à long terme des anti-VEGF et les facteurs potentiels de ces résultats. Martin et ses collaborateurs ont rapporté des données de suivi sur 5 ans pour 647 sujets, dont 7,1 % étaient classés comme ayant « une bonne acuité visuelle (AV) / absence de traitement », définie comme une AV médiane de 20/25 à la 5e année[11]. Les investigateurs ont identifié plusieurs facteurs de base associés à une probabilité plus élevée de cette classification, incluant le jeune âge, une amélioration de l’AV de l’œil à l’étude, une fluorescence bloquée associée à une lésion NVC, l’absence de DMLA tardive dans l’autre œil et aucun signe en TCO de décollement de l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR). Entre les années 2 et 5, on a noté une perte globale de 11 lettres d’AV pour toute la cohorte. Une autre analyse multivariée des données de l’étude CATT a permis d’identifier des facteurs qui étaient des prédicteurs significatifs de l’AV à 5 ans[12]. Une moins bonne AV initialement était significativement associée à une moins bonne AV finale, à un gain accru d’AV, à un pourcentage plus élevé de gain ≥ 3 lignes et à un pourcentage plus élevé d’AV ≤ 20/200 à 5 ans (p < 0,001 pour tous; Tableau 1). Le sexe féminin, le traitement par le bévacizumab durant les 2 premières années et l’absence de décollement de l’EPR étaient associés à un pourcentage plus élevé de gain ≥ 3 lignes et le tabagisme était associé à un pourcentage plus élevé d’AV ≤ 20/200.

Tableau 1 : Analyse multivariée pour les prédicteurs du score d’AV et de la variation de l’AV de la période initiale à 5 ans[12] 

É-T = écart-type; NVC = néovascularisation choroïdienne

Une analyse à long terme de la réponse à l’aflibercept de 722 yeux naïfs de traitement initialement effectuée par le UK Aflibercept Users Group a révélé que 34,1 % avaient terminé le suivi de 3 ans[13]. Parmi cette cohorte, le pourcentage de patients obtenant > 70 lettres s’est amélioré de 18,5 % initialement à 32 % à la 3e année et 26 % ont gagné ≥ 15 lettres. Cependant, le pourcentage de patients ayant perdu ≥ 15 lettres a augmenté pendant la même période : 4,5 % l’année 1, 11,5 % l’année 2 et 14,7 % l’année 3. Le nombre moyen d’injections a également diminué, de 6,9 l’année 1 à 4,1 l’année 2 et 4,0 l’année 3.

 

Schémas posologiques

Le débat persiste sur le schéma posologique du traitement anti-VEGF le plus efficace : schéma mensuel ou TAE? Une méta-analyse de 4 études sur le schéma TAE (LUCAS, TREX-AMD, Abedi et coll, Oubraham et coll), de 5 études sur le schéma mensuel (ANCHOR, MARINA, CATT, IVAN, VIEW), de 2 études sur le schéma trimestriel (PIER, EXCITE) et de 6 études sur le schéma PRN (PRONTO, SAILOR, SUSTAIN, HARBOR, CATT, IVAN) a conclu que le schéma TAE était associé au gain moyen de lettres le plus élevé à 12 mois (9,4 vs 8,7 pour les injections mensuelles, 6,2 pour le schéma PRN et 1,8 pour le schéma trimestriel) et à une moyenne de 3,1 injections de moins qu’avec le schéma mensuel (Figure 2)[14].

Figure 2 : Lettres gagnées à 12 mois par schéma posologique de l’inhibiteur du facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (anti-VEGF)[14]

La non-infériorité du schéma TAE par rapport aux injections mensuelles a également été établie dans l’étude TREND de phase IIIb, qui comparait le schéma TAE avec la posologie mensuelle du ranibizumab 0,5 mg chez 650 patients naïfs de traitement âgés ≥ 50 ans[15]. Au cours de la période de 12 mois, la variation de la MAVC était de +6,2 lettres pour le schéma TAE et de +8,1 lettres pour le schéma mensuel (Figure 3). Le schéma TAE était associé à environ 2,5 injections de moins que le schéma mensuel. Une étude clinique rétrospective, observationnelle a évalué des patients naïfs de traitement qui ont reçu de l’aflibercept par voie intravitréenne selon un schéma TAE modifié (n=37), selon lequel les patients sont traités jusqu’à la disparition de l’activité exsudative et ils sont ensuite sous observation jusqu’à récidive, ou selon un schéma PRN (n=39)[16]. Dans le groupe recevant un schéma TAE modifié, la MAVC moyenne s’était significativement améliorée à 24 mois comparativement à la valeur initiale, et s’était maintenue (perte < 0,3 LogMAR) chez 91,9 % des patients pendant 24 mois. Dans le groupe recevant un schéma PRN, la MAVC moyenne s’était significativement améliorée à 6 mois et avait ensuite baissé à 12 et 24 mois. Cependant, la MAVC s’était maintenue à 24 mois chez 89,8 % des patients. L’épaisseur rétinienne centrale et l’épaisseur choroïdienne centrale (ERC et ECC) ont significativement diminué du 3e mois au 24e mois comparativement aux valeurs initiales. Mitchell et ses collaborateurs ont comparé les résultats du groupe recevant le schéma TAE dans l’étude TREND (n=323) avec ceux d’une cohorte australienne atteinte de DMLA humide (N=227) issue de l’étude LUMINOUS en cours qui avait reçu le ranibizumab selon un schéma TAE dans un contexte de monde réel[17]. Les gains moyens d’AV après 12 mois étaient de 6,6 et de 5,3 lettres ETDRS, avec une moyenne de 8,7 et de 7,9 injections de ranibizumab, dans les cohortes des études TREND et LUMINOUS, respectivement. Une bonne vision (≥ 73 lettres, AV 20/40) a été obtenue dans 45,0 % des patients de l’étude TREND et 32,3 % de l’étude LUMINOUS. Les auteurs ont noté que leur analyse sur 3 ans des données de l’étude LUMINOUS « confirmait la généralisabilité des résultats de l’étude clinique TREND. »

Figure 3 : TREND : Variation moyenne de la MAVC de la période initiale à la fin de l’étude[15] 

Une autre analyse du UK Aflibercept Users Group a révélé qu’une intervention précoce avec une thérapie plus intensive peut produire de meilleurs résultats si une surveillance étroite et une reprise du traitement sont effectuées régulièrement[18]. Les investigateurs ont évalué les patients recevant ≥ 9 injections d’aflibercept durant les 56 premières semaines de traitement. L’AV moyenne à la semaine 104 était de 62,3 ± 17,2 lettres, un gain de 6 lettres par rapport à la valeur initiale. Le nombre moyen d’injections durant l’année 2 était de 6,7 (valeurs limites : 0-12), 26,8 % des yeux recevant ≤ 5 injections. Lors de la visite durant l’année 2, un gain d’AV par rapport à la valeur initiale de ≥ 15 lettres a été observé pour 28,4 % de tous yeux, 3,4 % ont perdu ≥ 15 lettres par rapport à la valeur initiale et 44,4 % des yeux ont obtenu ≥ 70 lettres.

 

Il est possible que les patients insuffisamment traités obtiennent de moins bons résultats en termes d’AV que les patients qui reçoivent un traitement à intervalles fixes, selon une analyse unicentrique de patients naïfs de traitement qui ont reçu l’aflibercept pendant au moins un an.[19] Les investigateurs ont comparé les variations de l’AV entre les patients traités par < 8 injections et par ≥ 8 injections d’aflibercept durant la première année (n = 22 et 20, respectivement).

 

Au sein du groupe, la variation de l’AV au 12e mois était significative pour les yeux recevant ≥ 8 injections (+6,0 lettres; p = 0,026), mais elle ne l’était pas pour les yeux recevant < 8 injections (+2,7 lettres; p = 0,196). Les résultats dans cette étude étaient similaires à ceux des études VIEW 1 et 2[20,21]. Babalola et ses collaborateurs ont présenté une étude comparant une posologie à dose fixe vs PRN avec l’aflibercept pour 100 yeux consécutifs naïfs de traitement[22]. Durant la première année, un traitement à dose fixe a été adopté avec 3 doses d’attaque mensuelles et un schéma bimensuel par la suite. Durant la 2e année et ultérieurement, un schéma PRN a été suivi. Au cours d’un suivi moyen de 142,9 semaines, le nombre moyen d’injections était de 11 (valeurs limites : 7-22). Le pourcentage de patients ayant obtenu un gain > 15 lettres de la période initiale à l’année 1 était de 20 %, mais il est tombé à 7 % de l’année 1 à la date du dernier suivi. Le pourcentage de patients ayant subi une perte de > 15 lettres de la période initiale à l’année 1 était de 8 % et a augmenté à 21 % de l’année 1 à la date du dernier suivi. Le même groupe a évalué la variation de l’épaisseur maculaire centrale (EMC) chez des patients âgés < 60 ans présentant une membrane NVC (MNVC) due à une DMLA, une MNVC associée à une myopie et une MNVC secondaire[23]. Les variations moyennes de l’AV de la période initiale à la date du dernier suivi étaient de 61 à 62,1 lettres (MNVC liée à la DMLA), de 62,8 à 60 lettres (CNVM associée à la myopie) et de 69 à 60 lettres (MNVC secondaire). En moyenne, les patients ont reçu 8,5 injections. On a noté une réduction significative de l’EMC, d’une valeur initiale de 427 µm à 339 µm lors du dernier suivi. Dans plus du tiers (37,9 %) des cas, la MNVC était asséchée lors du dernier suivi.

 

Rahimy a rapporté une analyse de sous-groupes de patients recrutés dans l’étude VIEW20 qui ne recevaient des injections qu’à des intervalles de ≥ 12 semaines comparativement aux patients qui recevaient au moins une injection à un intervalle de < 12 semaines[24]. Les gains moyens de MAVC obtenus à la semaine 52 dans les deux sous-groupes étaient largement maintenus (Tableau 2).

Tableau 2 : Gains moyens d’AV par rapport à la période initiale[24] 

Rq4 = 0,5 mg de ranibizumab toutes les 4 semaines; 2q4sem = 2 mg d’aflibercept toutes les 4 semaines; 2q8sem = 2 mg d’aflibercept toutes les 8 semaines après 3 injections mensuelles; q12sem = toutes les 12 semaines

Analyse pharmaco-économique

Deux articles complémentaires ont analysé ­rétro­spectivement des données issues de dossiers médicaux ­électroniques sur 100 yeux naïfs de traitement, afin de déterminer le coût-efficacité des traitements anti-VEGF. Almuhtaseb et ses collaborateurs[25] ont fait un rapport sur deux groupes : le groupe A (n = 51) a reçu de l’aflibercept q8sem conformément au protocole modifié de l’étude VIEW[20], le groupe B (n = 49) a reçu du ranibizumab selon un schéma TAE. Le groupe A a obtenu une amélioration de 7,5 lettres (p = 0,0010), le groupe B une amélioration de 8,3 lettres (p < 0,0001). Le nombre moyen d’injections était de 7 dans le groupe A et de 7,75 dans le groupe B (p < 0,0001). Trois et 5,75 visites supplémentaires à la clinique, respectivement, ont été effectuées, hormis les visites pour les injections (p = 0,0001). Le coût moyen total par patient par année était de 6 919 £ (11 604 $CAD) pour l’aflibercept et 7 395 £ (12 402 $CAD) pour le ranibizumab. Dans l’autre étude, Michaels et ses collaborateurs26 ont fait un rapport sur les yeux qui avaient  été  classés comme atteints de DMLA sèche inactive ou de DMLA humide active après la 1re année et qui avaient été assignés à l’un des 4 schémas thérapeutiques pendant la 2e année. Le groupe A (n = 30, macula humide) a reçu des injections intravitréennes q8sem avec seulement 2 visites de suivi aux 17e et 23e mois. Le groupe macula sèche a reçu l’aflibercept selon deux schémas : injections à des intervalles de 12 semaines conjointement à des examens de TCO bimensuels (groupe B ; n = 25) ou selon un schéma TAE (groupe C, n = 23). Dans un sous-groupe séparé de macula humide, l’aflibercept a été administré à une plus grande fréquence q6sem/q4sem durant la 2e année (groupe D, n = 27). L’AV et l’ERC initiales étaient comparables entre les groupes A-C, et l’amélioration logMAR entre les 3 groupes était comparable à la fin de la 1re année : 0,45, 0,54 et 0,50 (correspondant à +9, +6, +7 lettres), respectivement. Dans le groupe D, on n’a noté aucun changement significatif dans l’AV ou l’ERC. La diminution de l’intervalle entre les injections d’aflibercept (toutes les 6 semaines) n’était pas corrélée à de meilleurs résultats cliniques.

 

Pression intraoculaire (PIO)

On craint que les injections d’anti-VEGF à long terme puissent modifier la PIO. Atchinson et ses collaborateurs ont évalué les données portant sur 23 873 patients dans le Registre IRIS présentant une DMLA, un œdème maculaire diabétique (OMD) ou une occlusion d’une branche veineuse rétinienne ou de la veine centrale de la rétine (OBVR/OVCR) avec un œdème rétinien qui ont reçu ≥ 1 injection d’anti-VEGF durant la période de l’étude de 3 ans[27]. L’âge moyen des patients était de 76 ans et le suivi moyen était de 681 jours. Parmi toute la population à l’étude, des sous-groupes incluaient (sans s’y limiter) ceux atteints de DMLA uniquement ainsi que des patients qui avaient été naïfs de traitement pendant ≥ 1 an avant le début de l’étude (« nouveaux »). Dans tous les sous-groupes, la PIO avait changé, ce changement était plus prononcé chez ceux recevant le bévacizumab, bien que les différences entre les groupes aient été faibles, ce qui indique qu’il n’y avait pas de différence cliniquement significative entre les traitements anti-VEGF.

 

Une analyse secondaire des données de l’étude CATT[28,29] suggère que les médicaments qui réduisent la PIO en diminuant la production de liquide dans l’œil pourraient aider à améliorer les résultats chez les patients atteints de DMLA humide traités par des injections d’anti-VEGF. Hsu et ses collaborateurs ont analysé les patients de l’étude CATT qui étaient également sous analogue de la prostaglandine (groupe A, n = 28), sous bêta-bloquant topique (groupe B, n = 19) ou qui ne recevaient aucun médicament réduisant la PIO (groupe C, n = 857). Le groupe excluait les patients recevant plusieurs médicaments contre le glaucome ou ceux recevant des
á-agonistes uniquement. Les gains de lettres à 2 ans étaient de 3,5 pour le groupe A, de 13,8 pour le groupe B et de 6,3 pour le groupe C. La différence dans les gains de lettres entre les groupes B et C approchait le seuil de la signification statistique (p = 0,052). Lorsque le groupe B était apparié aux témoins selon un ratio de 1 : 1, la variation moyenne de l’AV était de 13,8 lettres dans le groupe B vs + 1,9 lettre chez les témoins appariés (p = 0,04), la variation moyenne de l’épaisseur rétinienne était de -106 µm vs -44 µm (p = 0,33) et la variation moyenne de l’épaisseur rétinienne totale était de -251 µm vs -228 µm (p = 0,38). Les traitements de suppression aqueuse « peuvent avoir une influence » l’épaisseur de la rétine et l’AV chez les patients atteints de DMLA, mais le Dr Hsu recommande de faire preuve de prudence concernant ces résultats en précisant que le Wills Eye Hospital, Philadelphie, réalise actuellement une étude prospective randomisée sur l’ajout de l’association dorzolamide-timolol topique chez des patients recevant un traitement anti-VEGF pour la DMLA.

 

Conclusion

L’efficacité et l’innocuité des anti-VEGF dans la prise en charge des patients atteints de DMLA et d’autres affections causant un œdème maculaire qui ont été démontrées dans des études cliniques sont de plus en plus mises en évidence par de nouvelles données du monde réel et à long terme. D’autres études nous permettent de mieux comprendre les facteurs qui contribuent à l’aggravation de la maladie et des données montrent que l’utilisation de schémas posologiques réduisant le nombre d’injections n’entraîne pas de perte d’efficacité significative.

 

Le Dr Kertes est professeur au Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision à l’Université de Toronto et ophtalmologiste en chef au Sunnybrook Health Sciences Center à Toronto, Ontario.

 

Références :

  1. Kertes P, Sheidow TG, Williams G, et coll. Canadian Treat and Extend Analysis Trial with Ranibizumab in Patients with Neovascular AMD: Interim Analysis of the CANTREAT Study. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 8 mai 2017. Résumé 1200.

  2. Gillies MC, Daien V, Nguyen V, et coll. Twelve-month outcomes of ranibizumab versus aflibercept for neovascular age-related macular degeneration: an observational study. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0075.

  3. Singh RP, SIlva FQ, Srivastava SK, et coll. 36 month evaluation of intravitreal aflibercept injection for wet age related macular degeneration in patients previously receiving ranibizumab or bevacizumab. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0088.

  4. Silva FQ, Srivastava S, Ehlers JP, et coll. 24 month evaluation of aflibercept for wet age related macular degeneration in patients previously receiving ranibizumab or bevacizumab 2016 Soumis.

  5. Singh RP, Srivastava S, Ehlers JP, et coll. A single-arm, investigator-initiated study of the efficacy, safety, and tolerability of intravitreal aflibercept injection in subjects with exudative age-related macular degeneration previously treated with ranibizumab or bevacizumab (ASSESS study): 12-month analysis. Clin Ophthalmol. 2015;9:1759-1766.

  6. Eter N, Jochmann C, Wiedemann PM, et coll. Real life evidence data on intravitreal usage of/treatment with intravitreal aflflibercept in Germany: 12-months results of an observational study in nAMD (PERSEUS). Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0298.

  7. Framme C, Kodjikian L. Regularity of treatment in nAMD: 12-month results of the PERSEUS and RAINBOW studies. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0291.

  8. Queguiner F, Righini M, Courjaret JC. Five-year results of a population treated in ‘real life’ with PRN regimen for an exudative age-related macular degeneration: ELOUAN 2 registry. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0280.

  9. Talks J, Sivaprasad S. Intravitreal aflibercept for neovascular AMD in the very elderly neovascular AMD patients: UK Multi-centre Real World Outcome. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0090.

  10. Gunnemann F, Voegeler J, Schmitz-Valckenberg S, et coll. Influence of OCT-examination during ranibizumab treatment of AMD patients in a real-life setting (OCEAN study). Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0278.

  11. Martin DF, Fine SL, Pan W, et coll. Characteristics of Patients with Good Visual Acuity at 5 Years Despite No Treatment after 2 Years in the Comparison of AMD Treatment Trials (CATT) Follow-up Study. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 8 mai 2017. Résumé 1196.

  12. Ying G-S, Maguire MG, Pan W, et coll. Baseline Predictors of Five-Year Visual Acuity in the Comparison of AMD Treatment Trials (CATT). Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0065.

  13. Vig J, Talks J, Sivaprasad S. Aflibercept outcomes in AMD at 3 years: maintains vision but significant decline in follow up. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0277.

  14. Hussain RM, Cuilla TA. A Meta-Analysis of Baseline Characteristics and Anti-VEGF Frequency for Neovascular AMD: Visual Acuity Gains are Inflfluenced by Injection Frequency. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0287.

  15. Silva R, Larsen M, Feller C, Macfadden W. Effifficacy and safety of ranibizumab 0.5 mg treat and extend versus monthly regimen in patients with neovascular age-related macular degeneration: 12-month results from the TREND study. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0282.

  16. Ohnaka M, Nagai Y, Kimura M, et coll. Two-year outcome of aflibercept for treatment-naïve patient with neovascular age-related macular degeneration using modified treat-and-extend regimen. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0069.

  17. Mitchell P, Macfadden W, Mockel V, et coll. Ranibizumab efficacy in nAMD using a treat and extend regimen: a comparison between the interventional TREND and non-interventional LUMINOUS studies. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0070.

  18. Patel PJ, Sivaprasad S, Talks J. Vision improvement maintained at year 2 in patients with persistent neovascular AMD requiring intensive intravitreal aflibercept monotherapy through week 56. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0054.

  19. Ozturk M, Harris M, Nguyen V, et coll. Real-world visual outcomes in patients with neovascular age-related macular degeneration receiving aflibercept (Eylea) intravitreal injections at fixed intervals as per UK license. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0060.

  20. Heier JS, Brown DM, Chong V, et coll. Intravitreal aflibercept (VEGF trap-eye) in wet age-related macular degeneration. Ophthalmology 2012;119(12):2537-48.

  21. Aflibercept solution for injection for treating wet age-related macular degeneration. NICE Technology appraisal guidance. [TA294]. Disponible à : https://www.nice.org.uk/guidance/ta294. Londres, 2013.

  22. Babalola Y, Kishikova L, Habib MS, et coll. Real life long term outcomes of patients receiving intra-vitreal Aflibercept for Neo-vascular age related macular degeneration (nAMD): three years follow up. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0289.

  23. Kishikova L, Babalola Y, Habib MS, et coll. Long-term real world outcomes in younger (under 60yrs) patients receiving anti-VEGF therapy for choridal neovascular membrane (CNVM). Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0284.

  24. Rahimy E. Outcomes in Patients with Neovascular Age-related Macular Degeneration Based on Dosing Subgroups in the Second Year of the VIEW 1 and VIEW 2 Studies. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0087.

  25. Almuhtaseb H, Michaels L, Vardarinos T, Lotery AJ. Twelve-Month Outcomes of Aflflibercept vs. Ranibizumab for Wet Macular Degeneration. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0297.

  26. Michaels L, Almuhtaseb H, Youssef A, et coll. Twenty Four-Month Outcomes of Aflibercept for Neovascular Age-Related Macular Degeneration: Different Treatment Regimens in Year Two based on the Macular Status at the End of Year One. Presented at ARVO 2017 Baltimore, MD: 7 mai 2017. Résumé A0299.

  27. Atchinson EA, Barry CN, Lum F, et coll. The Real World Effffect of Anti-VEGF t on IOP Using the IRIS Registry. Présenté à ARVO 2017. Baltimore (MD) : 7 mai 2017. Résumé A0050.

  28. CATT Research Group. Ranibizumab and bevacizumab for neovascular age-related macular degeneration. N Engl J Med 2011;364(20):1897-908.

  29. Comparison of Age-related Macular Degeneration Treatments Trials Research Group, Maguire MG, Martin DF, et coll. Five-Year Outcomes with Anti-Vascular Endothelial Growth Factor Treatment of Neovascular Age-Related Macular Degeneration: The Comparison of Age-Related Macular Degeneration Treatments Trials. Ophthalmology 2016;123(8):1751-61.

Le Dr Kertes a reçu des subventions de recherche d’ Allergan, ­Novartis, Regeneron, Bayer, Janssen, Roche et Allergan, et il a reçu des honoraires de Bausch + Lomb, Novartis, Bayer et Allergan. Il est consultant pour Novartis et Bayer et possède des parts dans la société ArcticDx. Le Dr Kertes désire remercier Michelle Dalton, ELS, pour son aide rédactionnelle dans la préparation de ce manuscrit.

SNELL Communication Médicale reconnaît qu’elle a reçu un soutien educatif de Novartis Pharmaceuticals Canada Inc. pour la publication de ce numéro ­d’Ophtalmologie – ­Actualités ­scientifiques. L’octroi de ce soutien était fonction de l’acceptation par le commanditaire de la politique établie par le Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision et par SNELL Communication Médicale garantissant le but éducatif de la publication. Cette politique garantit que l’auteur et le rédacteur jouissent en tout temps d’une indépendance scientifique rigoureuse totale sans l’interférence de toute autre partie. Cette publication peut inclure des discussions sur des produits ou des indications pour des produits qui n’ont pas fait l’objet d’une approbation par Santé Canada. Son contenu est à visée exclusivement médicale, scientifique et éducative.

©2017 Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision, Faculté de médecine, Université de Toronto est exclusivement responsable du contenu de ce bulletin. Éditeur : SNELL Communication médicale Inc. en collaboration avec le Département d’ophtalmologie et des sciences de la vision, Faculté de médecine, Université de Toronto. Ophtalmologie – Actualités scientifiques et une marque de commerce de SNELL ­Communication médicale. Tous droits réservés. Tour recours à un traitement thérapeutique décrit ou mentionné dans Ophtalmologie – Actualités scientifiques doit être conforme aux renseignements d’ordonnance approuvés au Canada. SNELL Communication médicale se consacre à l’avancement de l’éducation médicale de niveau supérieur.